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11th March 2026

Sustain 2026 : le nouveau système d’exploitation de la résilience et d’une croissance responsable

Décarbonation & Scope 3 : de l’ambition à l’action

Mesurer avec le Carbon Action Manager : données France, Royaume-Uni et Allemagne

Man and woman talks about work

Pendant deux jours, l’évènement phare annuel de la communauté EcoVadis, Sustain 2026, a réuni 827 professionnels  en présentiel à Paris et 1 375 participants en ligne à travers le monde. Plus qu’un simple rendez-vous annuel, l’événement a mis en lumière une réalité qui s’impose désormais aux directions achats, aux équipes RSE et Développement Durable et aux décideurs : le paysage des risques a profondément changé, et c’est plus que jamais au sein des chaînes d’approvisionnement que se jouent la résilience et la compétitivité.

Agir, passer à l’acte. Au fil des conférences, tables rondes et sessions thématiques, les échanges ont clairement changé de registre : il n’était plus seulement question d’engagement, de conformité ou de reporting, mais bien de passage à l’acte. Ainsi, dans la session “Executive CPO Panel”, Bertrand Conqueret, directeur Achats Henkel, co-fondateur des initiatives de collaboration sectorielles TfS et SP pledge a ainsi incité l’audience et tous les acheteurs présents au courage  “soyons tous courageux”.
Comment intégrer la durabilité au cœur du modèle opérationnel ? Comment transformer les données en informations réellement exploitables pour guider les décisions ? Et surtout, comment déployer l’action à grande échelle, des fournisseurs stratégiques jusqu’au long tail, sans perdre en cohérence ni en impact ? Sur ce point, le message a été sans ambiguïté : les achats responsables  ne relèvent plus d’une initiative annexe. Ils s’imposent progressivement comme le véritable système d’exploitation d’une croissance responsable, portée par des données fiables, une collaboration renforcée avec les fournisseurs et des workflows enrichis par l’IA, pour accélérer et améliorer les prises de décision.

Un deuxième message s’est également dégagé avec tout autant de force : la création de valeur s’impose aujourd’hui comme le véritable déclencheur de l’action. À mesure que la durabilité se lie plus étroitement à la maîtrise des coûts, à la continuité d’approvisionnement, à l’accès aux financements et aux attentes des clients, les responsables achats ne peuvent plus se contenter d’afficher des intentions ou des progrès partiels : ils doivent démontrer des résultats concrets, non seulement à travers de meilleurs indicateurs, mais surtout de meilleures décisions aux moments décisifs.
À cet égard, les exemples les plus marquants partagés lors de Sustain 2026 ont montré comment des données fiables, une collaboration fournisseurs juste et efficace et des outils enrichis par l’IA peuvent faire sortir la durabilité des tableaux de bord pour l’ancrer dans les flux achats et approvisionnements, et transformer ainsi l’ambition RSE en avantage concurrentiel durable.

De l’ambition au modèle opérationnel : l’impact doit être pensé dès la conception

Un constat fort s’est imposé dès l’ouverture des échanges : la durabilité quitte progressivement l’ère des grandes déclarations d’intention pour entrer dans celle de la conception du modèle opérationnel. Lors de la session From Vision to Action – Creating Business Value that Lasts, le message était clair : il ne suffit plus de traiter la durabilité comme un sujet périphérique. Au contraire, cette dernière doit s’intégrer dans l’architecture même de l’entreprise : dans les mécanismes d’incitation, les workflows achats, la conception des produits, les conditions de financement et la gestion des fournisseurs.

Cette logique s’est d’ailleurs retrouvée en filigrane dans les échanges consacrés à la gouvernance et au leadership. Dans la session Fireside Chat: The Shift from Regulatory Pressure to Strategic Necessity, les intervenants ont requalifié le moment actuel avec lucidité : si la durabilité s’impose désormais comme une nécessité stratégique, ce n’est pas par idéalisme, mais bien parce que l’environnement des risques a changé de nature.

Richard Gardiner, Interim Head of EU Policy chez ShareAction, a résumé ce basculement avec une formule particulièrement marquante : “La résilience est la nouvelle durabilité”. Selon lui, le cadre d’analyse évolue à mesure que les impacts cessent d’apparaître comme des menaces lointaines ou abstraites. Inondations, hausse du coût des primes d’assurance, ruptures d’approvisionnement : la durabilité cesse d’apparaître comme une ambition abstraite ou lointaine, pour s’imposer comme une réponse opérationnelle à des vulnérabilités bien réelles.

Annet Aris, Senior Affiliate Professor et membre du conseil d’administration à l’INSEAD, a prolongé cette réflexion du point de vue de l’entreprise. La résilience, a-t-elle rappelé, est multidimensionnelle, et la durabilité en constitue une composante essentielle. Mais dans le contexte actuel, les risques ne se présentent plus de manière isolée : “Les risques ne sont plus indépendants les uns des autres. Ils sont tous liés”. Qu’ils soient environnementaux, géopolitiques ou encore technologiques, leur imbrication croissante exige aujourd’hui une tout autre capacité de décision.

La valeur comme nouveau test : la durabilité doit faire ses preuves

La conférence ne s’est pas arrêtée au “pourquoi”. Elle a aussi posé la question du “qu’est-ce que cela change, concrètement ?”, avec un pragmatisme assez salutaire. Les sessions les plus marquantes ont présenté la durabilité non comme une obligation à absorber, mais comme un levier de performance : un moyen de réduire l’exposition au risque, de préserver les marges, de sécuriser l’accès au financement et de renforcer la résilience dans l’économie réelle.

Ce changement de perspective a été particulièrement bien formulé par Matias Pollmann-Larsen, Global Sustainable Value Chain Lead chez Accenture, lors de sa session From Gatekeeper to Value Architect: Responsible Procurement in the Age of AI. Son propos était clair : le problème n’est pas tant le manque de données que l’absence de données utiles à la décision là où les arbitrages se jouent vraiment. Sa formule a d’ailleurs parfaitement résumé le malaise de nombreuses équipes : “Ce n’est pas une crise de la donnée. C’est une crise de la décision.”
Car la durabilité ne peut pas rester cantonnée aux tableaux de bord : pour produire des effets à grande échelle, elle doit entrer dans les appels d’offres, les négociations et les choix produits, au même titre que la marge, la rapidité, le risque ou la résilience. 

La session Best Practices to Drive Tangible Business Value a ensuite ramené cette réalité à un niveau très opérationnel. Les enseignements préliminaires du Baromètre des Achats Responsables, partagés par Tara Mikhael (Accenture), montrent des progrès réels… mais aussi des angles morts persistants : la visibilité s’améliore sur les fournisseurs de rang 1, puis se dégrade nettement dès le rang 2, tandis que le rang 3 reste, dans bien des cas, largement opaque. Les données carbone au niveau produit sont de plus en plus collectées par les entreprises, mais elles restent trop souvent réduites au simple rôle d’identification des hotspots ou au benchmarking, sans peser réellement sur les décisions de conception ou de sourcing. Et le même obstacle de fond demeure : la durabilité reste trop souvent séparée des systèmes et des workflows achats où les décisions se prennent effectivement.

L’un des constats les plus révélateurs est d’ailleurs venu des fournisseurs eux-mêmes. Trop souvent, leur engagement reste structuré par des cycles d’évaluation et de notation, plutôt que par une logique de collaboration ou de co-innovation. Un chiffre résume à lui seul ce décalage : seuls 17 % des fournisseurs se disent fortement motivés par leurs clients sur les enjeux de durabilité, alors que beaucoup citent des incitations commerciales (engagements de volume, conditions préférentielles) comme les véritables accélérateurs capables de faire bouger les lignes plus vite.

Au fil de la journée, une nouvelle ligne de crédibilité s’est dessinée. La durabilité doit désormais pouvoir répondre à la question que pose, tôt ou tard, n’importe quelle direction financière : où est la valeur ? Et la réponse ne peut plus tenir dans une présentation. Elle doit se lire dans les résultats : de meilleures décisions, une meilleure performance, et un lien plus clair entre achats responsables et avantage concurrentiel durable.

De la conformité à la collaboration : les fournisseurs ne sont pas des cases à cocher

Lors de la conférence, les récits les plus convaincants n’étaient pas ceux aux processus d’évaluation irréprochables, mais bien ceux qui montraient ce qu’exige réellement le passage de la maîtrise des risques éthiques, sociaux et environnementaux à l’impact : une logique de partenariat fournisseur. C’est d’ailleurs ce qui a émergé avec force lors de la session Peeling Back the Curtain: Building a Sustained Advantage in Procurement, avec la présence des lauréats Schneider Electric et Siegwerk.

Christophe Quiquempoix, Sustainable Procurement Director chez Schneider Electric, a rappelé une réalité stratégique souvent connue, mais encore trop peu intégrée dans l’action : les émissions des fournisseurs peuvent largement dépasser les émissions directes de l’entreprise. En clair, pour obtenir des réductions d’émissions significatives, l’essentiel se joue dans la chaîne d’approvisionnement. Mais son observation la plus marquante ne portait ni sur les audits ni sur les notations. Elle portait sur l’après : “Le vrai travail, ce n’est pas de réaliser l’audit. Le vrai travail, c’est de résoudre le problème que l’on a identifié.”

Le cas Schneider illustre concrètement à quoi ressemble une approche pensée pour l’exécution : des engagements publics, un suivi trimestriel des progrès et des mécanismes d’incitation liés à la performance. De son côté, Cathleen Hansohm, Global Supply Chain Sustainability Manager chez Siegwerk, a défendu une vision tout aussi concrète : si les évaluations de risque sont nécessaires, les questionnaires ne changent pas, à eux seuls, les réalités de terrain. En réalité, le changement commence lorsque les fournisseurs sont véritablement accompagnés, que ce soit via des ateliers, des actions de renforcement des capacités, ou encore des analyses approfondies des zones où le risque est le plus élevé.

Cette logique de partenariat a également traversé la session The Double-Edged Sword: AI, Energy & The Future of Sustainable Trade, avec Rachel Kyte, envoyée spéciale du Royaume-Uni pour le climat, et Andrew Winston, auteur de référence sur la durabilité. Lors de ces échanges, une réalité de fond s’est  clairement imposée : les économies émergentes et en développement cherchent à accélérer l’accès à l’énergie pour prendre part à la transition vers l’IA et l’économie décarbonée, et les achats se situent précisément à l’intersection de cette équation.

Le prochain défi : faire de la durabilité le choix évident

Parmi les sessions les plus concrètes de la conférence, certaines se sont attaquées à l’un des défis les plus épineux des achats modernes : les achats décentralisés et le long tail. Aussi, lors de la session Making Sustainable Purchasing the Easy Choice at Scale, Monica Visconti-Patel, Chief Marketing Officer d’EcoVadis, et Blake Westerdahl, Senior Manager chez Amazon Business, ont braqué les projecteurs sur l’un des principaux angles morts de la durabilité : les milliers d’achats effectués en dehors du périmètre des fournisseurs stratégiques.

Blake Westerdahl a résumé le problème en une formule aussi simple qu’efficace : “Le vrai problème, c’est la friction.”. Et les chiffres cités illustrent parfaitement ce décalage : si 81 % des responsables achats affirment que les critères ESG comptent dans leurs décisions, 85 % d’entre eux jugent difficile d’identifier des fournisseurs durables, au point d’entraver l’atteinte de leurs objectifs.

Le véritable déclic est peut-être venu d’un constat comportemental très simple : lorsqu’ils achètent des articles de faible valeur, les collaborateurs privilégient avant tout la rapidité. Et comme l’a rappelé Blake Westerdahl, “si vous imposez un processus de conformité lourd pour un achat de 50 dollars, les employés trouveront un moyen de le contourner.”. La conclusion est sans appel : la durabilité ne changera pas d’échelle à coups de politiques internes supplémentaires ou de portails parallèles. Elle progressera lorsqu’elle sera intégrée directement dans l’acte d’achat, c’est-à-dire visible au bon moment, suggérée dans les bons outils, et suffisamment fluide pour devenir le chemin le plus naturel.

Au fond, cette réflexion sur le long tail est donc venu prolonger un message plus large entendu tout au long de Sustain 2026 : la prochaine génération des achats responsables ne reposera pas sur davantage d’efforts, mais sur de meilleurs choix de conception. Lorsque la durabilité devient l’option la plus simple, elle cesse d’être une intention pour devenir un réflexe.

L’IA devient une infrastructure, et la confiance en est le multiplicateur

Lors de Sustain 2026, l’IA n’a pas été traitée comme une simple tendance de plus : elle s’est imposée comme une force de transformation qui redéfinit à la fois la vitesse de décision, la gestion de la complexité des chaînes d’approvisionnement et la manière dont les risques se manifestent. Aussi, deux lectures se sont nettement dégagées des débats : l’IA comme accélérateur climatique, mais aussi comme enjeu de confiance et de gouvernance.

Les échanges ont illustré un basculement clair, avec le passage d’une logique de surveillance réactive à une logique d’action proactive. Prévoir les risques de déforestation, affiner les prévisions d’inondation, accélérer la conception de projets solaires en toiture ou optimiser les usages énergétiques : autant de cas d’usage qui montrent que l’IA peut devenir un levier concret d’anticipation et d’efficacité. Mais la conférence a aussi regardé l’envers du décor, en soulignant l’empreinte croissante de l’IA elle-même et l’importance de la transparence, de l’efficience et d’un approvisionnement en “énergie propre” à mesure que les infrastructures numériques montent en puissance.

Côté EcoVadis, la session More Than A Score: The Future of Responsible Growth a poussé la réflexion un cran plus loin en plaçant la confiance au cœur du sujet. Krishna Panicker, Chief Product Officer chez EcoVadis, a présenté l’IA comme un puissant multiplicateur, tout en rappelant qu’elle abaisse aussi le coût de production de données de durabilité synthétiques, crédibles en apparence mais potentiellement trompeuses. Le message, repris sous différentes formes au fil des sessions, était clair : dans des workflows assistés par l’IA et des stratégies fournisseurs déployées à grande échelle, les données fiables ne sont plus un simple “plus”, mais bien la base d’une infrastructure indispensable.

Au fond, le point de bascule est là : l’IA ne réparera pas l’intégrité des données, certes, mais elle amplifiera ce qui est déjà en place, ce qui rend la vérification, la triangulation et la validation au niveau des travailleurs encore plus décisives. Car dans un environnement piloté par l’IA, la confiance ne peut pas être ajoutée après coup. Elle se doit d’être intégrée dès le départ.

Le nouveau mandat des achats : du rôle de gardien à celui d’architecte de valeur

En prenant un peu de recul sur la fonction achats, plusieurs intervenants ont souligné à quel point son rôle a évolué au cours de la dernière décennie. En l’espace de dix ans, elle est devenue l’un des rares endroits de l’entreprise où la durabilité se traduit en décisions concrètes, dans la sélection des fournisseurs, la conception des contrats, les stratégies de catégorie, les spécifications produits, les conditions de financement, ou encore dans les arbitrages permanents entre coût, continuité, carbone et risques.

Dans ce contexte, comme l’a souligné Matias Pollmann-Larsen d’Accenture, les achats ne peuvent plus rester cantonnés à un rôle de validation en bout de chaîne. Ils doivent intervenir plus tôt, là où se dessine la décision : en intégrant les données liées à la durabilité dans les workflows, en automatisant ce qui peut l’être et en réservant le jugement humain aux arbitrages qui comptent vraiment.

La même idée a traversé les sessions Best Practices to Drive Tangible Business Value et Making Sustainable Purchasing the Easy Choice at Scale. Qu’il s’agisse d’intégrer les données carbone dans le sourcing, d’activer les fournisseurs par des leviers commerciaux ou d’orienter les acheteurs décentralisés vers de meilleurs choix, le rôle des achats n’est plus de contrôler les comportements après coup : il consiste désormais à concevoir les conditions dans lesquelles les bonnes décisions deviennent non seulement les plus simples à prendre, mais aussi les plus faciles à répéter et à déployer à grande échelle.

Sustain 2026 : que faut-il retenir de la conférence ?

Sustain 2026 n’a pas cherché à réaffirmer l’importance de la durabilité des chaînes d’approvisionnement. Le point de départ était déjà acquis, et la véritable question était ailleurs : les organisations sont-elles vraiment en mesure d’agir à grande échelle, de façon cohérente, au moment où les décisions comptent ? Dans un environnement marqué par des milliers de fournisseurs, des millions d’achats et des risques qui se cumulent et s’entrelacent, le facteur de différenciation n’est plus l’intention. C’est l’exécution. 

Si ces deux jours devaient se résumer en une idée, ce serait celle-ci : les entreprises qui gagneront ne seront pas celles qui auront accumulé le plus de données ou formulé les engagements RSE les plus ambitieux. Ce seront celles qui prendront de meilleures décisions, plus vite, à chaque maillon de la chaîne. Et de plus en plus, ce sont les directions achats qui construisent cette capacité, là où la durabilité cesse d’être un engagement affiché pour devenir un modèle opérationnel au service de la résilience et d’une croissance vraiment responsable.

Un grand merci à toutes celles et ceux qui ont fait de Sustain 2026 bien plus qu’une conférence. À nos intervenants, pour la clarté, la franchise et la profondeur de leurs analyses. À nos sponsors et partenaires, pour leur confiance et leur engagement à nos côtés. Et à l’ensemble des participants, à Paris comme en ligne, pour l’énergie et l’esprit de collaboration qui donnent tout son sens à cette communauté. 

Continuons les échanges initiés à sustain : rejoignez nous sur la toute nouvelle plateforme communautaire lancée à cette occasion, Community https://resources.ecovadis.com/fr/actualites-ecovadis/ecovadis-lance-une-plateforme-collaborative-pour-faire-de-la-durabilit%C3%A9-un-levier-de-progr%C3%A8s-collectif 

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