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12th May 2026

Vos estimations du Scope 3 sont peut-être fausses

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Edition #4 newsletter monde EcoVadis Carbon economy et derniers communiqués sur le carbone

Longtemps, les empreintes carbone ont reposé sur des estimations, certes pratiques, mais approximatives. Aujourd’hui, pourtant, la donne est en train de changer : à mesure que les fournisseurs transmettent leurs propres données, les bilans gagnent en précision et les progrès en matière de maturité climatique deviennent, pour la première fois, vraiment lisibles.


Vos estimations du Scope 3 sont peut-être fausses

Pendant des années, le reporting des données du Scope 3 a reposé sur une logique de “meilleure estimation” : faute de mieux, on convertissait des données de dépenses en émissions. Un raccourci commode, mais dont les limites se révèlent au grand jour à mesure que les entreprises intègrent les données primaires de leurs fournisseurs, et qu’elles réalisent que leurs données initiales sont souvent très loin de la réalité.

Dans le secteur pharmaceutique, par exemple, l’écart est saisissant : pour des catégories comme les API, la verrerie ou les filtres, les émissions calculées à partir des données fournisseurs s’avèrent inférieures de 60 à 70 % aux estimations fondées sur les dépenses. À l’inverse, dans les services aux installations ou les activités de maintenance et de réparation, les émissions déclarées par les fournisseurs s’avèrent 2 à 4 fois supérieures aux projections initiales.


Les limites de la méthodologie fondée sur les dépenses

La logique est séduisante de par sa simplicité : un coût plus élevé équivaut automatiquement à des émissions plus importantes. Mais c’est précisément cette simplicité qui en fait un outil grossier, car suivre cette approche à la lettre signifie que la seule façon de réduire son empreinte carbone est de réduire ses dépenses. Ainsi, l’inflation et les fluctuations de change peuvent faire gonfler une empreinte sur le papier, sans que les émissions réelles n’aient évolué… Et quand une entreprise choisit délibérément de payer plus cher pour un produit plus vertueux, sa méthode la pénalise au lieu de la récompenser.

Cette logique est donc aveugle aux bénéfices réels de la transition : elle ne sait pas capter les gains obtenus en substituant des alternatives bas carbone à prix équivalent, encore moins quand ces alternatives proviennent de régions en pointe sur la décarbonation.

La Chine en est l’exemple le plus révélateur : la demande en énergie continue d’y progresser, mais les émissions nationales montrent des signes tangibles de stabilisation, portées par une montée en puissance record des énergies propres dont le rythme dépasse désormais celui de la demande. Pourtant, la plupart des facteurs d’émission fondés sur les dépenses appliqués à la Chine restent construits sur des données historiques encore largement marquées par le charbon, et passent ainsi à côté d’une réalité qui s’impose mois après mois : le mix électrique auquel se raccordent les entreprises devient progressivement plus propre.


Privilégier la dynamique plutôt que la perfection

Si les données basées sur les dépenses permettent un premier tri, utile pour distinguer les fournisseurs à fort impact des autres, elles doivent ensuite céder la place à des données réelles, seules capables de rendre l’empreinte carbone véritablement exploitable pour piloter les décisions et suivre les progrès dans la durée. Certes, il faudra sans doute encore plusieurs années pour que les données primaires fournisseurs soient pleinement intégrées  et pour que les calculs liés au Scope 3 atteignent une maturité suffisante, mais la direction est tracée.

Et si on pourrait s’attendre à ce que cette perspective encourage les organisations à s’engager sans attendre, ce n’est pourtant pas la réalité observée. Une idée reçue tenace continue de freiner le passage à l’action : il faudrait disposer de données parfaites avant de pouvoir agir sur le Scope 3. Aussi, beaucoup hésitent à mobiliser leur chaîne de valeur, convaincues qu’elles doivent d’abord cartographier chaque source d’émission ou éliminer tout risque de double comptage. Mais faire de la quête de données irréprochables un prétexte à l’inaction, c’est inverser les priorités. Car dans la durabilité de la chaîne d’approvisionnement, la finalité reste l’action concrète, pas la donnée en elle-même.

Les chiffres le confirment d’ailleurs : les entreprises qui engagent activement leurs fournisseurs ont neuf fois plus de chances d’atteindre leurs objectifs sur le Scope 3. Cela démontre que la collecte de données primaires plus fiables découle naturellement de cette dynamique d’engagement, et qu’elle n’en est pas le point de départ.

Types de données d’émissions collectées par les organisations auprès de leurs fournisseurs (sur un échantillon de 1 000 répondants) 

Source : sondage tiré du Baromètre des Achats Responsables EcoVadis (2026)


Manque de visibilité persistant au-delà du rang 1 

Le baromètre EcoVadis des Achats Responsables, co-produit avec les équipes d’Accenture est en ligne : https://ecovadis.com/fr/insights/barometer-fr/ 

L’enquête 2026 confirme un manque de visibilité persistant au-delà du rang 1 pour les chaînes d’approvisionnement : 

Près de 80 % des acheteurs ont une visibilité sur la performance durable de plus de la moitié de leurs fournisseurs de rang 1, mais le rang 2 reste un angle mort (seulement 12 % avec plus de 50 % de visibilité) et le rang 3 demeure largement opaque. Cette asymétrie numérique émergente risque d’accentuer les écarts existants en matière de données ESG et de limiter la visibilité et la création de valeur au sein des réseaux d’approvisionnement.

Retrouvez-nous le 6 mai à 11h30 (CET) pour un webinaire d’exploration des conclusions de ce rapport avec Pierre-François Thaler et Matias Pollmann-Larsen


Redéfinir l’empreinte carbone des produits

L’empreinte carbone des produits, ou PCF, pourrait bien constituer la prochaine frontière de la gestion carbone. Mais soyons honnêtes : à l’échelle de l’économie, une grande partie des données sous-jacentes reste encore insuffisamment fiable. Car beaucoup de ce qui se présente aujourd’hui comme des “données produit” repose en réalité sur les mêmes estimations imprécises, qui minent déjà le reporting carbone à l’échelle de l’entreprise. Le chantier est donc bien réel, et la valeur d’un reporting à ce niveau de granularité reste encore à démontrer. C’est à cette condition que la qualité des données pourra progressivement gagner en maturité.

> découvrir le nouvel outil PCF calculator EcoVadis 

Pour l’heure, l’intérêt principal des données PCF est ailleurs : elles permettent de mettre en lumière les principales zones d’émission et d’orienter les efforts de décarbonation au niveau du produit. Même imparfaites, elles fournissent déjà des enseignements concrets pour guider l’innovation en matière de conception, d’emballage ou de logistique. Associées à des contrôles qualité rigoureux, ces données plus granulaires ouvrent également la voie à un modèle hybride de reporting plus crédible sur le Scope 3.

Leur importance stratégique s’accélère par ailleurs sous l’effet du mécanisme d’ajustement carbone aux frontières de l’Union européenne. En effet, le CBAM (MACF) exige des données carbone spécifiques au niveau des produits pour des secteurs comme l’acier ou le ciment, et fonctionne, dans les faits, comme un levier tarifaire en faveur de la décarbonation. Aussi, dans un contexte géopolitique marqué par un retour des logiques protectionnistes, des dispositifs comparables pourraient émerger sur d’autres marchés, avec la même ambition : défendre les industries domestiques face à la concurrence de productions moins décarbonées.


Bâtir le réseau de données carbone le plus interconnecté du marché.

C’est ainsi que Dexter Galvin, Climate Ambassador chez EcoVadis, a commenté la signature d’un nouvel accord avec la plateforme Watershed. 

En jouant le rôle de moteur de données primaires pour l’ensemble du secteur, EcoVadis fournit aux entreprises des données de haute qualité, spécifiques à leurs fournisseurs, pour aller au-delà des estimations. 

EcoVadis fournit ainsi la première brique essentielle – les données primaires – et s’associe à d’autres acteurs carbone pour assurer l’intégration des données. 

Le nouveau partenariat avec Watershed vient compléter les premières collaborations établies avec des acteurs déjà établis comme Sweep et Normative ou encore Carbme pour construire une dynamique collective au service d’un reporting plus précis et plus transparent, et accélérer ainsi l’action climatique à l’échelle mondiale.

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Accès à la version monde : https://www.linkedin.com/pulse/edition-4-ecovadis-acv1f

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